27 août 2007

Le Grand Paris sera simple et généreux

Les déséquilibres dont souffre Paris, mais aussi une grande partie de ses atouts, résident dans ses relations avec les communes de banlieue.
Dans mes notes sur les transports, j’ai montré comment supprimer la frontière physique et symbolique que constitue le périphérique. Il est certain que cette frontière administrative tombera aussi un jour, car cela est l’intérêt des citoyens de part et d’autre. Ce n’est certes pas l’intérêt d’une certaine classe politique qui en vit, mais elle devra s’y plier et elle le sait.
Il faut d’abord dédramatiser cette vision du Grand Paris. Ce n’est pas la victoire de la ville de Paris sur ces micro-villes périphériques aux profils encore plus segmentés que ses arrondissements. Ce n’est pas non plus la revanche d’une région de banlieusards opprimés à l’est et richissimes à l’ouest. C’est simplement le partage démocratique d’un même destin et des mêmes problèmes de transports, de logements, de pollutions, et de développement économique.
Comme pour Paris aujourd’hui, je crois qu’il faudra sur toute la superficie du Grand Paris, procéder à un rééquilibrage des usages, enterrer la circulation automobile interrégionale, continuer à densifier un centre de plus en plus large (construire ou planter sur le périphérique et les autoroutes comme nous construisons actuellement sur les voies de chemin de fer) et limiter l’extension urbaine.
Il faudra surtout, quoi qu’il arrive, procéder à une vaste opération de réhabilitation des banlieues, car ce n’est l’intérêt de personne que de conserver ces tristes poudrières. Or, quelle qu’en soit la forme, elle s’accompagnera nécessairement d’un important transfert de ressources depuis les espaces urbains privilégiés vers les espaces dégradés. Cette solidarité, on le constate depuis des années, est difficilement réalisable au niveau de l’Etat ; je crois qu’à l’échelle urbaine elle le deviendra et qu’elle s’imposera car elle deviendra visible. Pour ce faire, pour que la solidarité prenne corps, il faut impérativement que les institutions aient été préalablement adaptées. 

L’avenir est donc à la création d’une entité administrative et démocratique inédite en France. Sur quelle frontière ? Pour quelles compétences ? A ses deux questions essentielles et qui peuvent donner lieu à des débats interminables, je crois qu’il faut apporter les réponses les plus simples et les plus opérationnelles :


Les frontières du Grand Paris :
Je crois objectivement que les limites de cette nouvelle entité administrative ne pourront être que celle de l’actuelle Région Ile-de-France: 
  • Parce que, sauf à vouloir partir dans des années de controverses et de résistance, il est largement plus efficace de profiter des frontières actuelles, sans les bouleverser et en ne modifiant que la nature des institutions qui s’y exercent. Il ne faut pas recréer une nouvelle usine à gaz en réinventant de nouveaux départements ou en modifiant le périmètre des régions voisines.
  • C’est toute l’aire urbaine qui doit s’intégrer simultanément dans le Grand Paris, et ne surtout pas envisager une construction progressive, par blocs plus ou moins concentriques, au gré des volontés de chacun, à l’instar de la construction européenne. Car ce serait alors reproduire à une échelle plus grande et plus déséquilibrée, les désordres observés aujourd’hui (par exemple, si seule la petite couronne ou le 93 s’y intégrait !). Cette intégration globale et simultanée constitue également une exigence démocratique : pour que les décisions du Grands Paris soit bien représentatives de la variété de sa population et de ses attentes, elle doit y être toute intégralement représentée.
  • Mais la région, objectera-t-on, va bien au-delà des limites urbanisées de l’agglomération. Justement : toute ville a besoin d’avoir le contrôle de ses franges pour maîtriser son propre développement. Ainsi, pour de nombreuses raisons, la nécessité actuelle est de densifier le centre pour réduire l’impact des transports, et donc limiter fortement l’urbanisation périphérique. Il est possible que cette situation évolue ultérieurement, et la ville doit donc quelque soit la situation garder la maîtrise de sa couronne rurale.

Les compétences du Grand Paris :
Là également, il suffit largement de profiter de l’existant et, avec bon sens, fusionner les compétences actuelles des communes, départements et région, tout en assurant une bonne décentralisation urbaine :
  • Pour la répartition des compétences entre les communes locales et l’entité globale du Grand Paris, le modèle serait assurément celui des mairies d’arrondissement actuel vis-à-vis de la mairie centrale. Ce système fonctionne avec efficacité depuis des années, malgré les quelques grincements de dents compréhensibles lorsque diffèrent les couleurs politiques entre ces entités. Moyennant quelques aménagements mineurs, ce mode de fonctionnement pourra être étendu à la totalité de l’aire urbaine. Pour les communes plus rurales, une autonomie un peu plus importante pourra être envisagée.
  • Les compétences globales du Grand Paris, elles, sont évidentes et pas grand monde ne les remet en cause. Il s’agit de tout ce qu’il est évident de centraliser pour une efficacité réelle à l’échelle de la ville : transports et développement urbain d’abord, solidarité, culture, gestion des services d’intérêt collectif (eau, assainissement, cimetière, déchets…) ensuite. Le tout sur la base d’une fiscalité urbaine indépendante.
  • Il restera la question de la forme concrète des institutions : soit la forme municipale d’aujourd’hui où pouvoirs exécutif et délibératif cohabitent, soit une séparation entre ces deux pouvoirs avec notamment un maire élu au suffrage universel direct. Je crois que c’est une question annexe et que les deux fonctionneraient. Cette question, trop sensible et politicienne plutôt que politique, peut donc être laissée ouverte afin de ne pas bloquer le processus d’intégration urbain, qui lui est indispensable.
 
Pour l’heure, Paris devra être un moteur constructif et non arrogant de cette réunification urbaine.
A titre symbolique, car se sont surtout les symboles qui font avancer les choses, la Ville devrait autoriser et encourager les communes de l’agglomération à apposer « Paris » à leur nom. Car en termes de rayonnement et de reconnaissance, ne sont-elles pas, vues de province et de l’étranger, déjà à Paris ?

05 mai 2007

Pour l’équilibre : toujours débattre et améliorer notre démocratie

La démocratie, comme toute idéologie, est impossible à mettre en œuvre selon la pureté de ses principes théoriques : la démocratie idéale, directe et permanente conduit implacablement à une cacophonie impotente. Il est donc nécessaire de mettre en place une constitution qui définisse non la nature de la démocratie, mais toutes les limites qui y sont apportées. Une constitution (donc les institutions) n’est jamais idéale, et méprisera toujours mais nécessairement une partie du peuple. Elle reste cependant la condition nécessaire à l’efficacité.   

Dans ces conditions, l’attitude équilibrée et responsable est la suivante :  

  • Encourager l’information et le débat sur les limites de notre système
  • Intervenir par évolutions successives pour adapter le cadre constitutionnel aux nouvelles exigences

Dans ce cadre, ni rester figer sur des traditions, ni évoquer une révolution par la VIème république qui serait un eldorado démocratique, n’est adapté à la conduite d’une réflexion pertinente. plutôt que la 6ème: la 5.1 ! Il suffit pour s'en convaincre de constater que les projets envisagés par le Modem ou le PS sont des évolutions (intéressantes) mineures, mais en aucun cas une révolution démocratique.

Notre démocratie, figée en 1958, a aujourd’hui à répondre à plusieurs défis liés au développement des sondages (démocratie interactive), d’internet (démocratie directe), et d’une attente de renouvellement (démocratie représentative). Elle devra donc évoluer progressivement pour s’adapter à ces nouvelles exigences.