04 janvier 2008
Philosophie du projet Démocrate
Le projet Démocrate est une vision de la société radicalement différente de la proposition Socialiste et de la proposition Conservatrice. Ce projet n’est pas une synthèse centriste de ces propositions, comme beaucoup le croient. François Bayrou a posé les grandes lignes de cette conception de notre Civilisation dans un bel article de la revue Commentaire. C’est un texte dense (9 pages) qui est indispensable à la compréhension des évolutions récentes de la politique française, car cette dynamique dépasse largement le cadre du seul Mouvement Démocrate et elle a déjà été esquissée dans le domaine du Développement Durable.
Je voudrais approfondir ici la doctrine de ce projet.
Tout d’abord, un diagnostic. Les philosophies politiques actuelles - de gauche comme de droite - reposent sur l’hypothèse rousseauiste du contrat social : l’intérêt général procéderait naturellement de la somme des intérêts particuliers de chacun des membres de la société. Cette conception serait encore valable si chaque individu n’avait qu’un seul intérêt particulier. Or, ce n’est plus le cas.
C’est la crise des intérêts particuliers qui est à l’origine de la crise politique et morale actuelle.
En effet, la difficulté des propositions politiques actuelles réside dans le fait qu’elles se trouvent confrontées à des incohérences majeures entre chacune des trois facettes des individus auxquels elles s’adressent : au citoyen, au consommateur et au travailleur. Chacun de ces termes est ici présenté au sens large :
- Je suis un citoyen, je suis un « régulateur » : un acteur social et politique, qui interagit avec ses semblables. J’aspire à la liberté et à la vie en communauté.
- Je suis un travailleur, je produis de « l’offre » que je sois salarié, indépendant ou entrepreneur. Cette activité, par ses revenus, détermine mon niveau de vie.
- Je suis un consommateur, je suis « la demande ». Cette activité, par l’utilisation de mes revenus, détermine mon mode de vie.
Du temps de Rousseau et de celui encore récent de la vie à la campagne, il était possible à chacun d’établir une cohérence entre ces trois natures. Au temps des usines cette convergence était encore palpable pour le prolétariat : elle a fait la réussite des thèses communistes.
Mais aujourd’hui, chacune de ces facettes qui nous compose est plus ou moins en conflit d’intérêts avec les autres. Ainsi par exemple :
- En tant que consommateur, je préfère les produits les moins chers – délocalisés - au risque de ma santé d’homme, de mon activité de travailleur ou à l’encontre de ma conscience de citoyen.
Nous sommes ainsi tous les témoins et les victimes quotidiennes de ces incohérences et d’un monde que nous ne comprenons plus.
- En tant que travailleur je souhaite davantage de revenus, quand bien même ce revenu augmenterait les prix, et donc annulerait mon intérêt de consommateur. Alors le citoyen que je suis vote pour le parti qui lui promettra davantage de pouvoir d’achat à court terme soit par une hausse des salaires, soit par une baisse des impôts.
Et ce sont des organisations différentes – partis politiques, syndicats et associations ou labels de consommateurs – qui sont chargées de défendre ces différents intérêts. Mais, ces organisations revendiquent chacune leur indépendance alors que ces problématiques se trouvent indiscutablement liées en nous. Ces organisations n’apportent donc pas de vision cohérente. Le résultat c’est la désaffection et l’ironie vis-à-vis de la politique, la décrédibilisation du syndicalisme et la faiblesse des associations de consommateurs. Fleurissent alors des utopies réconciliatrices comme la vision de l’extrême gauche ou le fondamentalisme religieux.
Le réflexe classique est alors de se tourner vers l’Etat et d’attendre de lui qu’il résolve ce problème. Mais les partis politiques, de gauche et de droite, sont, comme je l’ai montré, impuissants à régler durablement ces questions puisque complices du problème.
Comment résoudre alors ce conflit d’intérêts qui mine nos sociétés et nos consciences ?
Il faut alors changer radicalement de concept philosophique : la somme des intérêts particuliers n’incarne plus l’intérêt général. Ce serait plutôt l’intérêt général qui unifierait nos intérêts particuliers. Ce retournement de conception, où l’intérêt général prime et détermine notre intérêt particulier, est la première révolution du projet qui se nomme aujourd’hui Démocrate ou Durable.
Mais ce projet porte également une seconde révolution, toute aussi essentielle.
D’autres théories politiques ont déjà essayé de proposer cette primauté de l’intérêt général. Elles ont généralement conduit à des totalitarismes, où l’individu était sommé de renoncer à sa liberté afin de subir, pour son bonheur, l’intérêt dit général. Notre projet est radicalement différent : il a fait son deuil d’imposer aux autres le bonheur. Il ne recherche que l’établissement d’un cadre épanouissant qui, en toute liberté, permette de concilier nos différentes aspirations a priori contradictoires.
Notre projet ne vise donc pas l’établissement de l’intérêt général par l’Etat ou par une forme quelconque d’organisation, mais par l’individu qui décide en premier lieu d’être exemplaire. C’est la seconde révolution.
C’est donc l’individu qui va confronter ses aspirations de consommateur, de travailleur et de citoyen à un intérêt général supérieur afin de modérer ou d’encourager certaines de ses aspirations et agir. Agir de façon responsable et autonome. Agir sans attendre l’Etat et la société, agir sans contester systématiquement, mais plutôt en commençant par être soi-même exemplaire. C’est toute l’aspiration au Développement Durable qui est ainsi expliquée par cette vision Démocrate de la politique.
En effet, ne rien attendre en premier lieu de l’Etat n’exclut pas l’action politique, au contraire. L’individu reconnaît que tous les moyens sont pertinents pour concilier ses intérêts, et l’action politique citoyenne en est une. Elle est même un devoir, car le renoncement individuel à une action politique est un des symptômes de la crise des conflits d’intérêts identifiée au départ. L’Etat, au lieu d’être un recours ou un garant, devient alors pour le citoyen un moyen, parmi d’autres, pour mettre en œuvre sa conception du monde.
Ainsi, le citoyen, le consommateur et le travailleur, enfin réunis et cohérents, trouveront dans cette règle de vie privilégiant l’intérêt général un cadre épanouissant.
Enfin, comment définir cet intérêt général supérieur ? Pour rester cohérent avec cette philosophie, il n’est pas raisonnable d’en donner une définition globale et définitive. C’est à chacun de le faire en conscience. Cependant l’intérêt général, c’est bien souvent de dépasser sa vision locale et court-termiste. C'est-à-dire de changer d’échelle en envisageant les questions dans un cadre géographique et temporel universel : à l’échelle du monde et à l’échelle des générations passées et futures. De là découlera la satisfaction de nos propres intérêts.
Le projet Démocrate, traduction politique du Développement Durable, se revendique donc de cette double révolution. Celle qui remet l’individu libre, responsable et exemplaire au cœur de la démocratie.
21:50 Publié dans Politique (France & Europe) | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : modem, philosophie, projet, citoyen, developpement, durable
04 novembre 2007
Dubaï, modèle de developpement ?
J’étais ce week-end à Dubaï, dans le cadre d’un voyage d’études avec l’Essec et Nexity. C’est une ville fascinante et cette expérience suscite nécessairement une réflexion sur le développement et la mondialisation.Quelques impressions vécues tout d’abord:
- Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas le pétrole qui est la richesse de la ville (5% du PIB), mais plutôt sa situation géographique valorisée par le hub mondial que constituent le port et l’aéroport.
- Contrairement à une autre idée reçue, Dubaï n’est pas une ville arabe, mais cosmopolite et multiculturelle : 90% des habitants sont étrangers. La ville est 100% anglophone. Elle constitue un havre de tolérance au regard des différentes pratiques religieuses.
- C’est une ville très sûre (tous les Dubaïotes font 6 mois de service civil dans la police).
- Inutile de préciser l’évidence que tout le monde connaît, mais qui décoiffe quand on y est : c’est un immense chantier d’infrastructures de transport (autoroute, métro, aéroport et port) et de bâtiments de tous usages. 20 % des grues du monde sont à Dubaï. Mais c’est une impression très incertaine que laisse ces projets fabuleux, car rien n’est actuellement terminé.
- Le modèle de développement repose sur l’importation de ce qu’il y a de plus efficace dans le monde : le système financier et le tourisme de luxe occidental d’un côté, et la main d’œuvre asiatique bon marché de l’autre. En même temps, ce n’est pas aussi simpliste : il y a également une vraie classe moyenne de commerçant indo-pakistanais et de nombreux européens travaillent comme employés de base dans la restauration et le tourisme.
Mais ce concept de ville nouvelle et mondiale pose trois questions sociale, politique et environnementale.
Il y a tout d’abord évidement la question à laquelle nous sommes très sensibilisés : celle des conditions de travail des ouvriers asiatiques. Ces travailleurs sont des volontaires qui signent un contrat de travail de trois ans, comprenant le transport (un seul aller-retour), le logement et un revenu déterminé. Leurs conditions de vie, loin de leurs familles (il y a deux hommes pour une femme à Dubaï), sont déplorables : horaires de travail, hébergement dans des bidonvilles, sécurité sur les chantiers, etc… Mais ce n’est pas parce leur employeur saisit leurs passeports pour la durée de leur contrat, afin de garantir celui-ci, que l’on peut parler d’esclavage. Mais il y a véritablement lieu de s’en émouvoir et de rappeler nos valeurs. Cependant les choses changent progressivement : des premières grèves ont eu lieu, et la concurrence des différents centres mondiaux de main-d’œuvre fait monter les salaires. Les autorités locales s’inquiètent ainsi du développement de l’Inde : les salaires augmentant dans ce pays, il devient de plus en plus difficile de trouver des candidats à l’expatriation. Les choses évoluent, mais restent précaires…
Ensuite, au niveau politique, c’est une toute petite élite (les 10% de Dubaïotes de souche) qui a le pouvoir et qui l’exerce actuellement de façon éclairée et responsable. Cette situation est tenable et efficace en période de croissance. En effet, tous, du grand promoteur à l’ouvrier de base, trouvent leur compte dans un développement, certes inégal, mais partagé. Que se passera-t-il en cas de crise économique ? Cette oligarchie est-elle durable ? C’est une question cruciale pour l’avenir de Dubaï. En effet, si 90 % de la population sait qu’elle n’est que de passage et ne pourra jamais s’établir définitivement dans ce pays, souvent loin de sa famille, elle ne va pas s’investir de la même façon. C’est une chose de construire des immeubles, c’en est une autre de construire une société équilibrée et épanouissante.
Enfin, au niveau environnemental, même si les hydrocarbures ne représentent pas l’activité essentielle, c’est bien la civilisation du pétrole et des transports (de marchandises par bateau et de passagers par avion) qu’incarne Dubaï. Interrogé sur le développement durable, les responsables locaux sont d’abord mal à l’aise, car ils ne sont pas dupes de leur modèle de développement et de ses faiblesses. Mais ils rebondissement aussitôt en rappelant que l’objectif de Dubaï est de devenir, en diversifiant ses activités, la première ville de l’après-pétrole dans le Moyen Orient. Ils précisent également que le développement durable constituera le prochain défit de Dubaï et un relais de croissance en réserve ! Il reste donc beaucoup à faire …
Si certains peuvent trouver scandaleux le modèle de Dubaï au regard des trois interrogations précédentes, j’aurai une attitude plus mesurée car je crois que cette ville a mis en oeuvre les véritables conditions du développement :
- Que l’élite locale réinvestisse dans l’économie locale ses revenus et qu’il n’y ait pas d’évasion des capitaux, contrairement à ce qui se passe souvent en Afrique. Dubaï va même plus loin, car lorsque les capitaux sont éventuellement investis à l’étranger, c’est toujours dans une optique industrielle qui sert les intérêts du pays (les ports ou l’aviation par exemple).
- La sécurité et l’absence de corruption. Dubaï a bien compris les attentes de ses clients occidentaux : ces deux éléments font intrinsèquement partie de la marque « Dubaï » et des prestations offertes aux investisseurs et expatriés.
- Quoique l’on puisse penser des conditions de travail des ouvriers, c’est bien le travail de masse, qui de la Chine à Dubaï constitue la seule recette du développement comme il l’a été chez nous pendant la révolution industrielle. Certes, ils en sont encore à Germinal, mais c’est vraisemblablement une première étape obligée. En Chine comme à Dubaï, ces dernières années ont été celles de la plus grande sortie de la misère qu’a jamais connue le monde : des inégalités subsistent mais, progressivement chacune des classes de la population profite du développement. Nous occidentaux, ne devrions pas nous obséder à briser égoïstement ce développement mais, plutôt l’accompagner et susciter le passage à l’étape suivante, celle progressive de la reconnaissance des droits politique et sociaux.
21:40 Publié dans Développement (Afrique) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Développement, Dubaï, Travail, Afrique
10 juin 2007
Les délocalisations : c’est le développement !
Il ne semble pas compatible de vouloir concilier à la fois le développement d’une économie de production dans les pays pauvres et simultanément contrôler et limiter nos importations en provenance de ces pays au motif de la protection de nos emplois.
En effet, les délocalisations constituent le principal moteur du développement de ces pays. Une politique cohérente de développement devrait donc encourager (ou au moins ne pas décourager) les entreprises à délocaliser leur production. Charge à nous de prendre compte la reconversion des personnels en France. Cette politique constituerait enfin une aide efficace et mesurable au développement.
Il serait même judicieux d'aller plus loin encore : ce n'est pas seulement l'outil industriel qui doit se relocaliser, mais aussi toute l'ingénierie de conception.
18:30 Publié dans Développement (Afrique) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Afrique, developpement, délocalisation
05 juin 2007
Pour une immigration massive
La position officielle de la France sur l’immigration est la suivante : une immigration faible et que l’on dissuade, limitant le regroupement familial et privilégiant les individus formés.
Le résultat de cette politique est point par point implacable : de l’immigration clandestine importante, des problèmes d’intégration récurrents et la lenteur du développement local par la fuite des cadres éduqués. C'est-à-dire un échec durable et un cercle vicieux qui s’intensifie.
Je crois que l’immigration clandestine s’explique par deux désespoirs : celui évident du développement économique et celui de l’absence de perspectives d’émigration. Je traiterai ailleurs la question du nécessaire développement économique, même léger et très progressif. Ce qui m’intéresse ici c’est de montrer qu’il faut donner un espoir à tout le tiers monde dans la possibilité de pouvoir émigrer. Ce doit être une porte de sortie individuelle réaliste pour permettre le développement. Si les gens savent que cette possibilité existe ils seront encouragés à investir dans leur pays : sachant qu’en cas d’échec personnel, il y aura toujours cette possibilité. Et surtout, ils ne tenteront pas la dramatique émigration clandestine car la légalité restera envisageable. Il faut donc clairement afficher vis-à-vis de ces pays et de ces personnes notre volonté d’organiser une immigration et communiquer largement sur ce sujet. Les charters sont, eux, une politique contre-productive et un encouragement à la clandestinité. Il faut redonner espoir à toutes ces populations, alors elles sauront se montrer responsables.
Nous avons d’autre part un besoin important d’immigration. L’argument du chômage qui est généralement avancé pour contrer cette idée, se retourne en sa faveur quand on analyse plus finement les chiffres. Une partie du chômage en France s’explique par une inadaptation des actifs au marché de l’emploi en raison de leurs sur-formation : à former 80% des classes d’âge au niveau bac et en ouvrant largement les portes de l’université, on a décrédibilisé les filières techniques et les métiers d’exécution de base. Le besoin réel n’est pas sur le nombre de médecin que l’on saurait très bien adapter en interne, mais sur tous les métiers manuels peu qualifiés (niveau BEP-CAP), qui ont de tous temps constitués la première étape d’une immigration réussie. Il n’y a pas de chômage véritable dans ces métiers, car lorsqu’il y en a, c’est toujours en raison de l’absence de volonté de mobilité géographique de nos chômeurs. L’immigration organisée et permettrait de répondre de manière ciblée et équilibrée à la réalité de nos besoins.
Pour le reste, les clefs d’une intégration réussie sont bien connues : c’est l’éducation des enfants, la mixité sociale dans les lieux d’habitation, la responsabilisation des familles et l’appropriation des valeurs du pays d'accueil. Toutes choses qui servent l’intérêt général de la société et qui doivent être mise en œuvre au niveau global par l’état, et non plus déléguées aux communes les plus pauvres et aux associations communautaires locales. Je crois que c’est ce point qui constituera la vraie révolution !
Enfin, l’immigration est une nécessité pour permettre une meilleure redistribution des richesses au niveau mondial. Ce n’est à ce sujet qu’une des solutions, mais elle doit être mise en œuvre pour préserver les équilibres (la paix) au niveau mondial et limiter les tentations terroristes et/ou de grandes migrations et autres phénomènes qui déstabiliseraient durablement nos civilisations.
18:35 Publié dans Développement (Afrique) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : immigration, développement, intégration, clandestin
21 mai 2007
Sur le développement, les idées que je développerai bientôt
- Pour une i(e)mmigration massive : nous n'avons pas le choix, autant l'organiser plutôt que la subir
- Créer un pôle Africain de développement (énergie/universités/zone franche/sécurité/transport/aménagement urbain) – Le principe = Des investissements européens et pendant 50 ans aucune valeur ajoutée ne sort du pôle.
- Encourager l’intégration régionale
- Pour un service civil volontaire au développement encouragé par une déduction d’impôts à vie
- Les OGM c’est le développement : vers leur interdiction en Europe afin de constituer un avantage comparatif pour les PVD
- Pour un partage de l’assistance aux continents (Europe-Afrique / Asie / Amerique)
- L’ONU est un totalitarisme ( One Man = One Vote )
- Création d’un OPEP (Cartel) africain des ressources naturelles
18:00 Publié dans Développement (Afrique) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Afrique, développement

